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Angoisse

La pièce n’est pas grande, éclairée d’une seule fenêtre. C’est là qu’il y avait, encore ce matin, le lit si confortable avec sa couette douillette, le fauteuil en tapisserie et son coussin spécial bien moelleux ainsi que l’armoire pleine de pull-overs offrant une alternative intéressante pour la sieste du matin.
Faire le tour, chercher, humer, s’inquiéter, paniquer devant la porte fermée. Une mouche décolle soudain de la vitre et vient narguer Balthazar au ras de ses moustaches. Son instinct de chasseur se réveille et l’arrache à sa rumination. Se préparer, s’aplatir, se contracter, se tortiller, bondir pour attraper, rater, recommencer.
La mouche a réalisé le danger, elle reprend de la hauteur et retourne en haut de la fenêtre, loin des griffes dangereuses. Le chat regrette maintenant la disparition de l’étagère qui lui aurait permis de continuer la chasse. Agacé, il se dirige vers le mur où, à côté de la porte, ses griffes ont laissé d’anciennes marques sur le papier peint. Renifler, se dresser, lacérer vigoureusement, retomber, miauler d’un ton furieux, puis gémir plaintivement. Il a soif. Il cherche le bol d’eau fraîche qu’on lui a déposé sous la fenêtre avec un bol de croquettes, un endroit très inhabituel. C’est pareil pour sa caisse, qui aurait dû se trouver dans la cuisine. Tourner et se retourner, gratter, s’accroupir, pousser, déposer, gratter recouvrir, secouer les pattes pour éliminer les grains de litière. Se coucher sur le côté gauche au centre de la pièce, fermer les yeux, agiter spasmodiquement la queue. Se lécher nerveusement le flanc droit. Pousser un miaulement sourd. S’assoupir, ronfler légèrement. Rêver, s’agiter, pousser de petits cris.
Soudain, des pas sur la moquette du couloir lui font dresser l’oreille. La porte de la chambre s’ouvre, et la voix aimée prononce de douces paroles : "Mais non, mon chat, je ne t’ai pas oublié. Allez viens, on s’en va dans notre nouvelle maison". Balthazar se lève d’un bond et se dirige vers sa maîtresse. Se frotter, dresser une queue tremblante, arrondir le dos. Ronronner, se laisser tomber, rouler sur le dos, offrir le ventre, accueillir voluptueusement la caresse. Se laisser prendre dans les bras, ronronner plus fort. Se laisser difficilement enfermer dans le panier. Et partir avec Elle pour l’inconnu…

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